Courir 100 km par jour pendant 100 jours, soit un total de 10 000 km. C’est le pari insensé que s’est fixé l’Indien Samir Singh, 44 ans, il y a quelques mois de cela. Un projet qui a suscité rires et moqueries lors de son annonce. Le challenge paraît démesuré, irréalisable. Inhumain. Peu importe. Il y croit.

Le 29 avril dernier à l’aube, à Bombay (Inde). Chaussures minimalistes aux pieds, veste bleue sur le dos et montre GPS au poignet, Samir Singh débute son aventure effrénée, dans le nord des bidonvilles de la capitale indienne.

Un défi qui fascine

Les jours passent et se ressemblent. Le parcours est toujours le même. Cent kilomètres non-stop à parcourir pour rallier le quartier des affaires, dans le sud de la ville, sous un soleil de plomb et une chaleur étouffante. Sous la mousson indienne, aussi et son lot de pluie.

Son pari interpelle, fascine. Chaque jour, des amis ou inconnus l’accompagnent, le soutiennent, le temps de quelques kilomètres. D’autres l’encouragent en lui faisant un don, lui offrant une paire de chaussures, des vêtements. De nombreux conducteurs s’arrêtent, interloqués, l’interrogent.

« Il volait ! J’ai arrêté ma voiture, je lui ai donné de l’eau et nous avons un peu parlé. Il semblait heureux et en paix », écrit l’un d’eux sur le compte Facebook de Samir, sur lequel, chaque jour, l’homme, devenu une inspiration pour beaucoup, détaille son quotidien.

3 € par jour

Il est vrai que son allure, dans les vidéos postées sur son compte, est saisissante après autant de kilomètres encaissés. L’homme, coach sportif de métier, est un coureur d’ultra aguerri qui accumule les courses.

Il en est à son 47e jour lorsqu’il rencontre les réalisateurs de documentaires Vandana et Vikram Bhatti qui l’épauleront. « Ils m’ont donné le nom de The Faith Runner (le Coureur de la Foi)Je pense que c’est grâce à Dieu qu’ils sont arrivés dans ma vie et ont médiatisé mon histoire »confie-t-il sur son compte.

(Photo : Facebook/The Faith Runner)

Ils inciteront également la population à lui faire des dons. Singh vit avec 200 roupies (2,65 €) par jour. Chaque soir, son repas se compose d’un bol de riz et de lentilles. Avant de repartir fouler les rues de Bombay le lendemain, alors qu’apparaît la première lueur du jour.

40 kg

Voilà trois mois que Singh court ses 100 km quotidiens sans interruption. Il est lessivé, éreinté. Son corps ne suit plus. Les derniers jours, il lui est impossible de tenir la distance à deux reprises.

« Il a couru 100 km par jour pendant 98 jours, apprend-on sur la page Facebook The Faith Runner. Le 96e jour, il a fait 45 km et a dû être hospitalisé. Le 99e, après 66 km, il a eu très mal au ventre et a dû se rendre à l’hôpital de nouveau. »

Concentré sur son objectif, son « rêve », écrit-il, le coureur essaie de combler le retard les jours où il va mieux. Mais c’est difficile, la machine ne veut plus. Il hésite à abandonner un temps, mais ce mot ne fait pas partie de son vocabulaire.

Centième jour, dimanche dernier. Il lui reste 150 km à parcourir pour atteindre la barre des 10 000 km. « Il s’élance à 4 h du matin. Il passe les 100 km à 11 h 19,détaille The Faith Runner. Des amis le rejoignent pour ses 40 derniers kilomètres. Le commissaire de police de Bombay s’invite à leurs côtés pour les 25 derniers kilomètres. » Samir passe tout sourire le ruban rouge d’arrivée où une horde de spectateurs l’attend.

(Photo : Facebook/The Faith Runner)

Même s’il lui manque quelques kilomètres au compteur, 36 au total. « Grâce à ses données GPS quil a téléchargées quotidiennement, nous savons qu’il a parcouru 9 964,19 km en 100 jours. » Impossible de faire plus en 100 jours. Son corps tout entier est anéanti. Samir ne pèse plus que 40 kg pour 1,70 m, soit 16 de moins qu’au départ !

Toujours plus

Il ne regrette rien, ni même d’avoir échoué si près du but. « Au lieu de ça, il est heureux de montrer que son défi d’endurance extrême est ouvert à tout athlète, explique la page The Faith Runner. Il soutiendra tout athlète qui voudrait se lancer. »

Singh a démontré que l’impossible était possible. La distance qu’il a parcourue est plus longue que la Grande Muraille de Chine (5 500 km) ou que la distance entre Bombay et Londres (7 200 km).

(Photo : Facebook/The Faith Runner)

Il est temps pour Samir, devenu icône locale, de se remettre de ses blessures et de se remplumer, avant de reprendre son activité de coach à Vrindavan, qu’il avait stoppé pendant 9 mois pour ce défi. « Ou peut-être juste dormir pendant deux mois », confie-t-il sur la page The Faith Runner.

Son prochain défi ? Courir plus de 40 000 km. Il bûcherait déjà dessus…